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Portrait paru dans Chorus n° 40, été 2002

Débutant dans la chanson à la fin des années 70, Antoine Tomé a inventé son instrument, le « tricardon » (dont il existe sept exemplaires) et un chant syllabique percuté d’onomatopées. Tout est chez lui original. De sa voix à sa démarche artistique une dynamique quête de sons doublée d’une permanente quête de sens.
Le père d’Antoine avait une voix puissante et toujours le même répertoire : celui des chansons populaires de sa jeunesse en Espagne avant que ne l’en chasse le franquisme. Antoine Tomé a grandi dans le Puy de Dôme, bercé par l’accordéon de son père qui avait adopté cet instrument. À l’école, lors de querelles sans merci, il est le chef de bande des « bons » contre les « mauvais »… « Assez doué en composition française, se rappelle-t-il, j’aimais écrire et réciter lorsque le maître m’appelait au tableau noir. »
Interne à Clermont-Ferrand, il se met à écrire, à se raconter des histoires, à dessiner, peindre et découvre le théâtre avec Antigone d’Anouilh. Perçu comme un timide ou un introverti il se lance : « J’ai eu l’impression immédiate d’occuper un espace beaucoup plus important. Comme si quelque chose explosait en moi. Quelque chose s’ouvrait qu’il me fallait poursuivre. J’ai rejoint le CRAD, une troupe locale, je me suis inscrit au conservatoire puis j’ai fondé ma troupe, “Les Colères d’Aristide”, du nom de l’un des personnages de la pièce que j’avais écrite et qu’on a montée. »
 

UNE SORTE DE PERFECTION

La troupe se fixe à Grenoble et c’est sur une scène de théâtre que le producteur de disques Moshé Naïm le découvre. En 1977, il lui fait enregistrer son premier disque, Les Chants du cœur, et le pousse vers une scène parisienne, La Vieille Grille : « C’est un nouveau chanteur africain ! », disent, enthousiastes, quelques auditeurs de France Inter qui diffuse « Innocence » et « Une négresse rentre du marché » issues du second album de 1979. Le griot blanc, qui chante vêtu d’une cape noire et d’une chemise brodée, ne doit rien à la Casamance alors en vogue, si ce n’est l’utilisation d’une kora à une seule corde. Tomé joue aussi à l’époque du « bicardon », une guitare à deux cordes accordées à l’octave… auxquelles il rajoute une troisième – « une quinte », lui précise un ami musicien. Puis il va dessiner lui-même son premier « tricardon » : un mois de travail pour son père qui en fabriquera sept en tout et pour tout. « Les trois cordes du tricardon constituent une sorte de perfection, affirme Antoine, aujourd’hui. En rajouter une nouvelle relève du superflu, mais mon fils Azraël, qui joue sur scène avec moi du dulcimer et de la mandole, l’a fait. Cette quatrième corde apporte, en vibrant, une sonorité à l’ensemble. »